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ChatGPT, Claude, Grok, Gemini : lequel respecte le mieux tes données ?

Tous entraînent désormais leurs modèles sur tes conversations par défaut. Les réglages qui changent la donne, service par service, et les vraies différences.

Trois smartphones posés sur une table, écrans allumés, dans l'ombre de stores vénitiens

On raconte beaucoup de choses à un chatbot : sa santé, son travail, ses finances, ses doutes à deux heures du matin. La question mérite donc d’être posée froidement : que deviennent ces conversations chez OpenAI, Anthropic, x.ai et Google ? On a épluché les politiques de confidentialité en vigueur, les réglages réels et le passif d’incidents de chacun. Spoiler : le paysage a beaucoup changé depuis 2025, et pas dans le bon sens.

Le grand basculement : tous entraînent par défaut

C’est le fait majeur, confirmé par une analyse de l’université Stanford fin 2025 : les quatre services utilisent désormais par défaut tes conversations grand public pour entraîner leurs modèles, à charge pour toi de t’y opposer. Le dernier bastion est tombé en 2025 quand Anthropic, qui jurait jusque-là de ne jamais entraîner sur les conversations, a inversé sa politique : un écran de « choix » avec le curseur d’entraînement pré-positionné sur oui, ce que la presse spécialisée a qualifié de dark pattern.

La bonne nouvelle : chez les quatre, l’opt-out existe et il tient en un réglage. La moins bonne : il n’est jamais rétroactif, et les diables se nichent dans les durées de conservation. Passons-les en revue.

ChatGPT : transparent, mais opt-out à faire soi-même

Par défaut, tes conversations ChatGPT (gratuites comme payantes) servent à l’amélioration des modèles. Le réglage : Paramètres, Contrôles des données, désactiver « Améliorer le modèle pour tout le monde ». Un « Chat éphémère » est disponible pour les sujets sensibles : hors historique, hors entraînement, mais conservé jusqu’à 30 jours pour des raisons de sécurité. Une conversation supprimée est effacée des systèmes sous 30 jours.

Deux points d’actualité à connaître. D’abord, l’affaire du New York Times : la justice américaine avait imposé en 2025 à OpenAI de conserver tous les journaux de conversations, y compris supprimées ; cette obligation a été levée fin 2025, mais l’épisode a rappelé une réalité : tes conversations peuvent devenir des pièces judiciaires, et Sam Altman lui-même a prévenu qu’aucune confidentialité juridique ne protège ce que tu confies à ChatGPT. Ensuite, depuis début 2026, OpenAI teste la publicité dans les formules gratuites, ciblée sur la conversation en cours, ce qui donne une idée de la direction du vent.

Claude : bons contrôles, mais cinq ans de conservation

Depuis son revirement de 2025, Claude entraîne par défaut sur les conversations des comptes personnels. Le réglage : Paramètres, Confidentialité, désactiver « Aider à améliorer Claude ». La subtilité qui fâche est la durée de conservation : cinq ans si tu laisses l’entraînement activé, contre 30 jours si tu le refuses. C’est la plus longue rétention du panel, et un argument très concret pour aller toucher ce réglage aujourd’hui. Des chats « incognito » existent (hors historique, hors entraînement, purgés sous 30 jours), et une conversation supprimée est exclue des entraînements futurs, sans effet sur ceux déjà réalisés.

À mettre au crédit d’Anthropic : c’est le seul des quatre sans procédure européenne connue à ce jour, et l’incident d’indexation de conversations partagées qui a frappé le secteur en 2025 ne l’a touché que marginalement.

Grok : les pires antécédents du panel

Sur le papier, Grok est dans la norme : entraînement par défaut, opt-out disponible (Paramètres, Contrôles des données, décocher « Améliorer le modèle » dans l’app, et surtout, si tu utilises X, Paramètres, Confidentialité et sécurité, section Grok, où la case de partage est pré-cochée), mode « Private Chat », suppression sous 30 jours.

Dans la pratique, le passif est unique en son genre : à l’été 2025, le bouton de partage publiait les conversations sans avertissement, et plus de 300 000 chats Grok (questions médicales, mots de passe…) se sont retrouvés indexés dans Google. L’entraînement sur les posts publics des utilisateurs européens de X a été suspendu sous la pression du régulateur irlandais, qui a ouvert une enquête formelle toujours en cours ; les nouvelles conditions d’utilisation de X étendent par ailleurs la licence de la plateforme aux prompts et réponses de l’IA. On a détaillé le dossier complet des modèles Grok (promesse, prix, risques) : côté données, c’est le service qui cumule le plus de signaux d’alerte.

Gemini : le plus imbriqué dans ta vie numérique

Chez Google, le réglage s’appelle « Conserver l’activité » (dans l’app Gemini ou sur myactivity.google.com) : activé par défaut, il alimente l’amélioration des services, y compris l’entraînement des modèles, et depuis fin 2025 un échantillon des fichiers et photos que tu envoies suit le même chemin. Le désactiver a deux limites que la documentation officielle assume noir sur blanc : les conversations restent conservées 72 heures quoi qu’il arrive, et celles passées entre les mains de relecteurs humains sont gardées jusqu’à trois ans, dissociées du compte, sans que leur suppression te soit accessible. Contrairement à ChatGPT ou Claude, il n’existe pas d’opt-out d’entraînement indépendant de l’historique.

S’ajoute l’effet écosystème : Gemini s’articule avec Gmail, Photos, le téléphone sur Android. Certaines connexions récentes sont opt-in, d’autres arrivent activées par défaut. C’est ce cumul qui vaut à Gemini d’être régulièrement classé en queue des comparatifs de confidentialité, aux côtés de Meta AI. Une rumeur mérite au passage d’être enterrée : non, Google n’entraîne pas Gemini sur le contenu de tes mails Gmail, l’entreprise l’a démenti formellement.

Alors, lequel choisir ?

Les classements indépendants divergent sur le milieu de tableau mais convergent sur les extrêmes : le français Mistral (Le Chat) ressort en tête, Gemini et Meta AI en queue. Entre les deux, la réponse honnête : réglé correctement, ChatGPT ou Claude offrent un niveau de contrôle comparable et acceptable ; Grok traîne le passif le plus lourd ; Gemini demande d’accepter l’imbrication avec l’écosystème Google. Et si ta priorité absolue est la confidentialité, les vraies réponses s’appellent Le Chat, Duck.ai (qui anonymise tes requêtes vers les grands modèles, sans compte), Proton Lumo (chiffré, sans logs), ou un modèle qui tourne en local sur ta machine, dont on reparle très bientôt sur ce site.

Les six réflexes à prendre, quel que soit ton chatbot

  1. Ne colle jamais de données sensibles dans un chatbot grand public : numéro de sécu, données bancaires, dossiers médicaux, documents professionnels confidentiels. C’est la règle numéro un de la CNIL comme des chercheurs.
  2. Désactive l’entraînement : deux minutes, une fois, sur chaque service (réglages détaillés ci-dessus). La CNIL publie d’ailleurs un mode d’emploi d’opposition outil par outil.
  3. Utilise les modes éphémères pour les sujets délicats, en te souvenant qu’« éphémère » signifie 30 jours de rétention de sécurité (72 heures chez Gemini), pas zéro trace.
  4. Sépare le pro du perso : les offres entreprise et les API des quatre fournisseurs excluent l’entraînement par défaut. Ton employeur a probablement un compte dédié : utilise-le pour le travail.
  5. Fais le ménage : supprime les vieilles conversations, et surtout vérifie tes liens de partage : c’est par eux que des centaines de milliers de conversations se sont retrouvées dans Google en 2025.
  6. Garde en tête que rien n’est privilégié juridiquement : une conversation avec une IA peut être conservée, produite en justice, ou fuiter. Écris-y ce que tu assumerais de voir ressortir.

Le sujet rejoint une hygiène numérique plus large : tes usages laissent des traces par bien d’autres canaux, des pixels de suivi dans tes emails aux fuites de bases de données. Le chatbot n’est qu’une pièce du puzzle, mais c’est celle à qui tu parles le plus librement : autant la régler correctement.

Questions fréquentes

Payer un abonnement protège-t-il mes données ?

Non, c’est une idée reçue. ChatGPT Plus, Claude Pro, SuperGrok ou Gemini Pro suivent les mêmes règles d’entraînement par défaut que les comptes gratuits. Ce qui change vraiment la donne, ce sont les offres entreprise (ChatGPT Business/Enterprise, Claude for Work, Google Workspace) et les API, exclues de l’entraînement par défaut chez les quatre.

Si je désactive l’entraînement, mes anciennes conversations sont-elles retirées des modèles ?

Non. L’opt-out ne vaut que pour l’avenir chez les quatre services : ce qui a déjà servi à un entraînement y reste. Supprimer une conversation l’exclut en revanche des entraînements futurs. D’où l’intérêt de faire ce réglage tôt plutôt que tard.

Les modes éphémères sont-ils vraiment privés ?

Ils tiennent leur promesse principale : pas d’historique, pas de mémoire, pas d’entraînement. Mais tous conservent une copie temporaire pour la détection d’abus : jusqu’à 30 jours chez OpenAI, Anthropic et x.ai, 72 heures chez Google. C’est privé vis-à-vis du modèle, pas invisible vis-à-vis du fournisseur.

Le RGPD me permet-il de faire supprimer mes données ?

Oui, les quatre fournisseurs ont des entités européennes et des portails dédiés (privacy.openai.com, privacy@anthropic.com, x.ai/privacy-portal, myactivity.google.com). Dans la pratique, la suppression des conversations fonctionne ; la rectification de ce qu’un modèle « croit savoir » sur toi reste le point faible du secteur, et fait précisément l’objet de plaintes d’associations européennes en cours d’instruction.