Tu as adopté KeePass sur ton ordinateur, ta base de mots de passe vit dans un fichier chiffré que tu contrôles de bout en bout. Reste la question qui fâche : et sur le téléphone ? Bonne nouvelle, l’écosystème mobile KeePass est en pleine forme en 2026, avec d’excellents clients sur iPhone comme sur Android, du remplissage automatique digne des gestionnaires commerciaux, et même les passkeys. Mauvaise nouvelle : toutes les apps ne se valent pas, et l’une des plus connues traverse une zone de turbulences qu’il faut connaître avant de sortir la carte bleue.
Si tu débarques et que KeePass ne te dit rien, commence par notre guide KeePass : qu’est-ce que c’est et comment ça marche. Pour les autres, tour d’horizon vérifié des meilleures apps du moment.
Le principe sur mobile : ta base, leurs apps
Le grand avantage du format KeePass (les fichiers .kdbx), c’est qu’il est ouvert : la même base fonctionne à l’identique sur PC, Mac et mobile, sans conversion ni abonnement. L’app mobile ne fait qu’ouvrir ton fichier, où qu’il soit : dans iCloud Drive, Google Drive, Dropbox, sur un serveur WebDAV ou en local sur le téléphone. Le fichier étant chiffré par nature, le cloud ne voit passer qu’un bloc illisible.
Détail qui compte : le projet officiel KeePassXC, qui n’existe pas sur mobile et ne prévoit pas d’y venir, recommande lui-même les quatre apps de cette page : KeePassium et Strongbox sur iOS, KeePassDX et Keepass2Android sur Android. C’est exactement notre sélection.
Sur iPhone : KeePassium, le choix serein
KeePassium coche à peu près toutes les cases de 2026. L’app est open source, fonctionne hors-ligne par défaut, et c’est la seule de cette page à pouvoir présenter un audit de sécurité indépendant (mené par le cabinet Cure53 fin 2024, code source complet à l’appui ; le principal point relevé, l’absence d’alerte sur les mots de passe maîtres faibles, a été corrigé dans la foulée). Le site Privacy Guides, référence des recommandations de confidentialité, en a publié une revue favorable en 2025.
Au quotidien, tout y est : remplissage automatique iOS avec suggestion directement au-dessus du clavier, déverrouillage Face ID, codes TOTP, passkeys, connexions directes à OneDrive, Google Drive, Dropbox et WebDAV, et même la prise en charge des clés physiques YubiKey, y compris dans le remplissage automatique. Le modèle économique est sain : version gratuite (limitée à une base de données, ce qui suffit à beaucoup de monde), premium à 19,99 euros par an avec une formule « rent-to-own » (au bout d’un an payé, la version courante t’appartient à vie), ou licence Pro définitive à 79,99 euros couvrant iPhone et Mac.
Strongbox : toujours excellent, mais sous surveillance
Strongbox reste l’app la plus riche en fonctionnalités du monde KeePass sur iOS : app Apple Watch, agent SSH, synchro Wi-Fi sans serveur, fusion intelligente de bases, SFTP natif, YubiKey. Elle est activement développée (une mise à jour est encore sortie mi-juillet 2026) et ses notes sur l’App Store restent excellentes.
Alors pourquoi la réserve ? Parce que Strongbox a été rachetée en mars 2025 par Applause Group, un éditeur américain dont les précédents rachats d’apps ont laissé des traces dans la communauté (transformations d’achats définitifs en abonnements, rachat d’une app dissimulé pendant des mois). Le nouveau propriétaire s’est engagé à préserver la compatibilité KeePass, le stockage local et la synchro auto-hébergée, et rien n’a changé au tarif à ce jour. Mais Privacy Guides a retiré Strongbox de ses recommandations après le rachat, le débat ayant au passage révélé que son « open source » est de façade : le dépôt public est incompilable et n’a plus bougé depuis fin 2025, alors que l’app continue d’évoluer. Traduction pratique : Strongbox reste un très bon outil, mais évite la licence à vie à 100-125 dollars tant que la direction du navire n’est pas clarifiée. Le format ouvert te protège de toute façon : si l’app dérape, ta base s’ouvre ailleurs en deux minutes.
Sur Android : KeePassDX, le champion libre et gratuit
KeePassDX est un projet open source (GPL) activement maintenu, sans pub, sans tracker, et qui ne demande même pas l’accès à Internet. L’app gère le remplissage automatique Android, un clavier dédié (« Magikeyboard ») pour les apps récalcitrantes, la biométrie, les codes TOTP et, depuis ses versions récentes, les passkeys (au point que l’app s’appelle désormais « KeePassDX Passkey Vault » sur les stores). Tout est gratuit ; une petite contribution optionnelle débloque des thèmes et soutient le développeur.
Son parti pris : pas de client cloud intégré. KeePassDX ouvre le fichier via le système Android, et c’est ton app de cloud (Drive, Nextcloud, Syncthing…) qui gère la synchronisation. C’est propre et minimaliste, mais ça demande un poil de rigueur si tu modifies ta base depuis plusieurs appareils.
Keepass2Android : le roi de la synchronisation
L’autre grand classique Android, Keepass2Android, gratuit et open source lui aussi, prend le contre-pied : les clients cloud sont intégrés directement dans l’app (Dropbox, Google Drive, OneDrive, WebDAV, SFTP, Nextcloud). Et surtout, il gère les conflits mieux que personne : la base est mise en cache localement, et si le fichier distant a été modifié entre-temps par un autre appareil, l’app propose de fusionner les changements plutôt que d’écraser. Pour un usage multi-appareils intensif, c’est l’argument décisif. Les passkeys arrivent, encore en version bêta à l’heure où on écrit. Il existe même une variante « Offline » sans aucune permission réseau, pour les plus prudents.
Bien organiser sa base sur mobile : les pièges à éviter
- Un seul fichier de référence, dans un seul dossier cloud. Les copies manuelles multiplient les versions divergentes. Laisse l’app ouvrir le fichier directement dans le cloud.
- Attention aux conflits de synchronisation : si tu modifies ta base sur le PC et le téléphone en même temps, certains clouds créent des fichiers « conflicted copy » silencieux. Parades : ne pas éditer sur deux appareils à la fois, et privilégier les apps qui savent fusionner (Keepass2Android, Strongbox).
- Le fichier de clés ne voyage pas avec la base. Si tu utilises un fichier de clés en plus du mot de passe maître, ne le stocke jamais dans le même dossier cloud que le
.kdbx: copie-le une fois, en local, sur chaque appareil. Sur iPhone, la YubiKey est une alternative encore plus propre. - Passe ta base au format KDBX 4 avec Argon2 (réglages de la base, sur le client desktop) : c’est le format moderne, nettement plus résistant au cassage de mot de passe maître que le vieux AES-KDF conservé pour compatibilité.
Notre sélection en bref
| App | Plateforme | Prix | Point fort |
|---|---|---|---|
| KeePassium | iPhone, Mac | Gratuit (1 base) ; premium 19,99 €/an ou 79,99 € à vie | Audit indépendant, YubiKey, le choix « tranquillité » |
| Strongbox | iPhone, Mac, Watch | Gratuit (base) ; 24,99 $/an | Le plus complet, mais rachat à surveiller |
| KeePassDX | Android | Gratuit | Libre, zéro accès réseau, passkeys |
| Keepass2Android | Android | Gratuit | Clients cloud intégrés + fusion des conflits |
Notre recommandation simple : KeePassium sur iPhone, Keepass2Android si tu synchronises beaucoup (ou KeePassDX si tu préfères le minimalisme libre) sur Android. Et si au terme de ce comparatif tu te dis que KeePass demande trop d’implication pour ton usage, notre comparatif général des gestionnaires de mots de passe présente les alternatives clés en main. L’essentiel n’est pas l’outil : c’est d’avoir des mots de passe uniques partout, et de vérifier régulièrement qu’ils n’ont pas fuité.
Questions fréquentes
Pourquoi KeePassXC n’existe pas sur mobile ?
L’équipe l’explique dans sa FAQ : porter l’application sur iOS et Android exigerait une réécriture complète, hors de portée d’un projet bénévole. Elle renvoie officiellement vers KeePassium et Strongbox (iOS) et KeePassDX et Keepass2Android (Android), qui lisent exactement le même format de fichier.
Stocker ma base KeePass dans le cloud, ce n’est pas dangereux ?
Le fichier est chiffré de bout en bout par conception : ce que Google Drive ou Dropbox hébergent est un bloc indéchiffrable sans ton mot de passe maître (et ton éventuel fichier de clés). Le risque réel n’est pas le cloud, c’est un mot de passe maître faible. Vise une phrase de passe longue, et le format KDBX 4 avec Argon2.
Le déverrouillage par empreinte ou Face ID affaiblit-il la sécurité ?
Marginalement, et c’est un compromis presque toujours gagnant : la biométrie évite de taper le mot de passe maître en public (où il peut être filmé ou observé) et il reste exigé régulièrement et après redémarrage. Le secret biométrique ne quitte pas l’enclave sécurisée du téléphone.
Les versions gratuites suffisent-elles ?
Sur Android, oui, totalement : KeePassDX et Keepass2Android sont gratuits et complets. Sur iPhone, la version gratuite de KeePassium suffit si tu n’as qu’une base de données ; le premium apporte surtout le multi-bases, le Quick AutoFill et la YubiKey. Paye pour soutenir le projet si l’app te rend service tous les jours, c’est le meilleur gage de pérennité de l’écosystème.